La décision de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) de limoger Pape Thiaw de son poste de sélectionneur a viré à l’impasse institutionnelle. Le gouvernement sénégalais ayant refusé de prendre en charge les indemnités financières liées à son contrat, la possibilité de voir le technicien rester à son poste resurgit malgré l’annonce du processus de séparation.
La FSF avait pourtant tranché en faveur d’un départ de Thiaw et de son staff au terme d’un bilan tiré de la Coupe du Monde 2026, invoquant une « rupture de confiance » et la nécessité d’entamer un nouveau cycle. Cependant, l’application de cette mesure s’est heurtée au refus catégorique du Ministère de la Jeunesse et des Sports.
Un contrat signé à New Jersey sans l’aval de l’État
Selon les informations rapportées par Foot Mercato, la ministre Djéri Clotilde Coly a notifié à la FSF, via une correspondance officielle, que le contrat paraphé avec Thiaw le 22 juin 2026 dans l’État du New Jersey n’avait jamais reçu l’approbation préalable de l’État, bien qu’il incombât à ce dernier d’en assurer la prise en charge financière.
Tout en prenant acte des intentions initiales de la fédération de poursuivre sa collaboration avec Thiaw, la ministre a rappelé l’impossibilité légale pour l’État d’honorer les salaires et primes issus d’un engagement contractuel non validé.
Les termes financiers du contrat contesté prévoient :
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Un salaire mensuel : 30 millions de francs CFA (~54 000 USD).
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Une prime de signature : 120 millions de francs CFA (~217 000 USD).
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Une prime d’engagement : 1 % du montant global attribué par la FIFA à la sélection sénégalaise pour sa participation au Mondial.
L’origine du litige remonte à l’expiration du bail précédent de Thiaw en février 2026. Ayant travaillé plusieurs mois sans rémunération ni nouveau contrat, ses représentants avaient menacé de ne pas le laisser diriger l’équipe face à la Norvège lors du Mondial. La FSF avait alors régularisé sa situation en urgence à quelques heures du match, en faisant l’impasse sur l’accord gouvernemental requis.
Tensions Internes et Bilan Sportif
Au-delà des aspects financiers, le président de la FSF, Abdoulaye Fall, a reproché au sélectionneur d’avoir évincé la Direction Technique Nationale de certaines décisions stratégiques, d’avoir refusé d’inclure des objectifs précis dans son contrat et de ne pas avoir su maintenir la sérénité au sein du groupe. Thiaw, pour sa part, a estimé que son attitude relevait d’une question de « principe et de respect ».
Des frictions sont également apparues avec plusieurs cadres de l’effectif :
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Pape Gueye a officiellement fait savoir qu’il ne rejouerait plus en sélection sous les ordres du staff actuel.
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Sadio Mané avait publiquement contesté la consigne de son entraîneur lors de la finale de la CAN 2025 face au Maroc, convainquant ses partenaires de réintégrer la pelouse après un ordre d’abandon temporaire émis par le banc.
La pression s’est accentuée à la suite du parcours contrasté des Lions de la Teranga lors de la Coupe du Monde 2026. Après un revers 3-1 contre la France et une défaite 3-2 face à la Norvège, le Sénégal s’était relancé en balayant l’Irak 5-0. L’aventure s’est toutefois interrompue prématurément au stade des 1/16es de finale face à la Belgique (3-2 a.p.), après avoir mené 2-0 jusqu’à la 85e minute.
Critiqué pour son coaching en fin de rencontre—notamment les sorties de Pape Gueye et Habib Diarra—Thiaw s’était défendu en affirmant que ces changements avaient été sollicités par les joueurs eux-mêmes pour cause de fatigue, une explication qui a ravivé les tensions en interne.
Une Équation Financière Complexe pour la FSF
Malgré ce contexte pesant, le bilan statistique du technicien reste solide avec 20 victoires, 4 matchs nuls et 5 défaites. Il a notamment remporté le CHAN avec l’équipe locale puis la finale de la CAN 2025 avec la sélection fanion—titre retiré ultérieurement en raison de l’incident d’interruption temporaire contre le Maroc.
En cas de confirmation de la rupture contractuelle, la position du Ministère contraint désormais la FSF à assumer seule l’ensemble des indemnités sur ses fonds propres.
La clause de résiliation unilatérale stipule le versement d’une compensation équivalente à 8 mois de salaire, soit 240 millions de francs CFA—une somme conséquente que la fédération pourrait peiner à mobiliser malgré ses récentes affirmations.




