La crise institutionnelle entourant Gianni Infantino s’est transformée en une bataille politique ouverte pour la présidence de la FIFA, à quelques mois du scrutin prévu en mars 2027.
Alors que le président de la FIFA semblait en voie d’obtenir un nouveau mandat sans opposition majeure, la carte des alliances internationales se recompose rapidement sous l’impulsion d’une offensive menée par les instances européennes.
Des Démarches auprès de l’Administration Trump
À la suite de l’abandon du projet « FIFA Forward Enterprise », Infantino a tenté de prendre contact avec le président américain Donald Trump et des hauts responsables de son administration pour obtenir un soutien politique.
Selon le New York Post, le dirigeant suisse a multiplié les démarches pour échanger avec Trump et sollicité un entretien avec le secrétaire d’État Marco Rubio, évoquant l’usage du football comme levier de soft power américain.
Un responsable du Département d’État a démenti la tenue d’un entretien planifié entre Rubio et Infantino. Toutefois, des éléments indiquent que le président de la FIFA cherche des appuis politiques pour maintenir sa position, alors que son projet d’investissement impliquait notamment la société Thrive Capital, dirigée par Joshua Kushner.
L’UEFA en Chef de File de l’Opposition
L’origine de la crise repose sur la volonté d’Infantino de créer une entité commerciale valorisée à 20 milliards de dollars pour gérer les droits et compétitions de la FIFA, en cédant 20 % du capital à des investisseurs privés contre 4,2 milliards de dollars.
L’UEFA a fermement rejeté ce projet initié en secret sans concertation préalable avec les confédérations et les fédérations membres. Les nations européennes ont menacé de boycotter les compétitions de la FIFA, contraignant Infantino à retirer sa proposition.
Ce retrait n’a pas apaisé les tensions. L’UEFA a déclaré avoir perdu confiance dans la direction actuelle de la FIFA et affirmé que toutes les options restent envisagées, y compris des démarches visant à mettre fin au mandat d’Infantino. Les conseillers juridiques de l’instance européenne ont enjoint la FIFA et 18 de ses dirigeants de conserver l’ensemble des documents relatifs au projet en vue d’éventuelles procédures judiciaires ou réglementaires.
Retraits de Soutien en Europe
La Fédération galloise de football a officialisé le retrait de son soutien à la candidature d’Infantino pour le mandat 2027-2031, invoquant des défaillances de gouvernance et de transparence.
La Serbie et la Suède ont également annoncé qu’elles ne soutiendraient pas le président sortant, tandis que la Fédération anglaise (FA) s’apprête à adopter une position similaire. D’autres fédérations, dont l’Allemagne, la Norvège, le Danemark et la Roumanie, n’avaient pas transmis de lettres de soutien initiales.
Bien qu’Infantino disposait avant cette crise d’engagements écrits de près de 200 des 211 fédérations membres, le bloc européen s’emploie à désamorcer ce rassemblement et à désigner un candidat alternatif avant la clôture des candidatures fixée au 18 novembre 2026.
Les Origines de la Rupture avec l’UEFA
Élu à la tête de la FIFA en 2016 avec l’appui de l’Europe après avoir été secrétaire général de l’UEFA, Infantino a vu ses relations avec l’instance européenne se dégrader progressivement au sujet de la gestion du football mondial.
L’UEFA s’était opposée au projet de Coupe du Monde biennale, puis au format élargi de la Coupe du Monde des Clubs et aux modifications du calendrier international décidées sans consensus.
Les tensions se sont intensifiées lors du Congrès de la FIFA en 2025, lorsque l’arrivée retardée d’Infantino—revenant d’un déplacement diplomatique avec Trump et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane—a poussé le président de l’UEFA Aleksander Čeferin et plusieurs délégués européens à quitter la séance.
Les controverses survenues durant la Coupe du Monde 2026, notamment les interventions administratives liées à la suspension de l’attaquant américain Folarin Balogun et le refus de visa de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, ont accentué la rupture. Le projet de cession partielle des droits commerciaux est ainsi devenu le déclencheur d’une crise de confiance globale.




